Le questionnaire transmis par D. la dernière fois a ouvert d’un coup le champ de ma réflexion. Le cerveau en mode pause depuis un mois et quelques s’est mis à remarcher subrepticement, suite au dit questionnaire.
Au-delà du fait que je suis déjà fâchée de mes réponses et que je trouve qu’il ne me correspond absolument pas, ni à moi, ni à mes habitudes de lecture, il m’a fait m’interroger sur mon rapport avec la littérature.

Il y a peu, une amie de Chéri m’annonçait, dans un de ces dîners où je « reçois », que l’Art était mort. Bien loin de moi l’idée de la contredire sur un tel sujet, elle sait de quoi elle parle, elle a fait les Beaux-arts, elle connaît tout ça, et moi pas, et je dois avouer que la question est très philosophique et ça ne m’intéresse pas. Aussi notre tout petit différent se limita-t-il à nos écoles et méthode de pensée très opposées : elle est aussi sensitive que je suis adepte de la Raison, elle parle du sentiment et je parle de la rigueur, elle parle du ressenti et je parle des faits, mais il faut de tout pour faire un monde et c’est là-dessus que nous nous sommes quittées.

N’empêche, cette affirmation que « l’Art était mort » m’a fait revenir vers la littérature, mon domaine de prédilection, celui que j’aime et je chéris, celui dans lequel je suis relativement douée. Est-ce que la littérature est de l’Art et auquel cas est-il mort ? et s’il ne l’est pas, le syllogisme socratien habituel serait que l’Art n’est pas mort, mais cela ferait mentir l’amie de Chéri et je n’aime pas ça.

De par mon expérience assez poussée dans la littérature maintenant (4 ans déjà, j’entame la 5ième année avec délectation très bientôt…) j’ai toujours considéré que la Littérature n’était pas un art. La littérature, c’est la Littérature. La peinture est un art, le roman c’est de la Littérature. Pour moi, même rapport d’interdépendance, un joli classement bien propre dont ma profonde nature bien psychorigide était parfaitement enchantée. Bien entendu, mes professeurs en cette matière m’ont toujours poussé à penser de la sorte, déjà parce que c’est une démarche bien rigoureuse, bien scolaire et ensuite parce que c’est plus valorisant de se dire qu’on étudie et qu’on enseigne une entité causa sui plutôt qu’une branche de l’Art.

Mais bon, je n’ai jamais été bien obéissante à l’école et puis, on finit par lâcher Jules Verne et la comtesse de Ségur pour se vautrer dans Bazin, Zola, Molière, Racine et Giono. Là, je vous avoue, quand j’ai lu Giono, je me suis dit « zut, j’ai bien failli tout rater ». Passer à côté de ça, je pense que ça m’aurait fait mal. Mais, comme un bon petit soldat, je faisais glisser la première impression, le sens c'est-à-dire le ressenti et hop, je me remettais à compter les pieds, les strophes et j’apprenais à nommer « allitérations», « assonances », « litotes », et autres « polyptotes » ces jeux, cet art, que mes aînés employaient avec tant de brio. Et là, vous vous dites, elle a répondu à sa question, qu’est-ce qu’elle vient nous embeter avec ça, c’était bien la peine de faire tout ce bazar. Et vous aurez raison. Je ne crois pas que ce soit une question à laquelle on puisse répondre. Il y a de l’art dans la Littérature, l’agencement des mots, les sentiments qu’une phrase arrive à faire naître sont autant de signes qui prouvent que l’art est bien présent dans la discipline mais je crois sincèrement que c’est une entité à part et ce pour une simple raison.

S’il y a longtemps qu’on a pas vu quelque chose de très nouveau dans la peinture, la photographie, le fusain, dans les concepts et les idées qui sont abordés par les artistes contemporains et qui me fait penser que c’est pour cela que l’on dit que « l’Art est mort » (et si c’est une autre raison, Hégélienne par exemple, ça marche aussi) la Littérature, elle, est toujours en mouvance, en recherche de nouveauté, la preuve en est qu’on vit plus facilement écrivain qu’artiste mais surtout, la Littérature du XXième siècle, a su, elle a découvert qu’il suffisait de classer les choses et les livres et les concepts dans de petites boites annotées « Réalisme », « Naturalisme » ou « Surréalisme ». La Littérature du XXième siècle est un concept global, c’est la littérature du siècle. L’Art est peut-être mort, je ne sais pas, mais la Littérature elle, a de beaux jours encore.