Il y aurait tant à dire sur Giono qu'il va me falloir un mémoire, deux mémoires, une thèse, que sais-je.

Son autotextualité savamment distillée, qui fait sourire le lecteur, c'est comme une chasse au trésor, là, là, j'ai déjà lu ça chez lui, c'est systématique, c'est comme si tous ses mots, tous ses romans, ses essais étaient des occurrences d'eux-mêmes et ils drainent à chaque fois toutes les valeurs précédentes ce qui fait qu'on ne se retrouve pas avec un chêne, mais avec une forêt centenaire, ce qui fait que la nature devient immense, envahit tout, ses écrits me donnent l'impression parfois d'être au bord, au sommet d'une montagne, avec le vent implacable droit dans le ventre.

Sa vision de la grandeur de l'homme, théâtralité, mythes grecs qui ne se disent pas, il n'y a rien d'explicite chez lui, il faut chercher, il faut connaitre et si on ne connait pas, il donne envie, et s'il ne donne pas envie, on comprend tout de même, voilà sa force, et son incroyable et totale confiance en l'Homme, en sa grandeur, en sa propre divinité, avec la pureté et le mal réunis car ce n'est pas dans nos actes que se situe notre salut.

Son amour de la nature, de la vie simple, lui qui, comme le Dictateur Camille retournait cultiver ses champs entre deux guerres, cultivait les siens entre deux livres et se nourrissait de la terre, pour manger, et pour écrire.

Et les élans que ses mots soulèvent dans ceux qui le lisent, la féroce nécessité de fuir à la campagne, et quand on y est déjà, de sortir se promener, respirer, et quand tout cela est fait, de retourner s'enfoncer, lire, dans le fauteuil de cuir.