Ce n’est pas beau, parfois, la façon dont on se perçoit.
Je ne fais pas souvent attention à ce que je pense de moi-même, je vis, j’avance, je me bats contre certaines choses alors vraiment, je n’ai pas le temps. Et puis, quelque fois cela me frappe, je suis obligée de me regarder et de réajuster l’image que j’ai de moi-même.
Cette semaine, pour des raisons x et y, j’ai commencé une colère sourde. J’en connaissais vaguement la cause, mais il m’a fallu creuser pour tout dégager, et ma pelle et ma pioche ont rencontré mon ego.
Pas très beau le petit bonhomme. Sur les contours il ressemblait à une souris, grosses lunettes, trop maigre, trop fragile, « tout pourri ».
Pas très beau, non, c’est sûr mais il n’avait jamais remporté de prix de beauté. Mais avant, c’était un cador. Avant il courait partout de bouquin en bouquin, il parlait trop vite, il était enthousiaste, passionné – fatigant. Il avait bien conscience de compenser sa mauvaise mise par une belle culture mais se targuait d’être intelligent et équilibré.
La claque quand j’ai retrouvé ce machin qui couinait de pas lui faire de mal, qu’il était gentil, petit et secrétaire.
…
Je ne suis pas secrétaire. Je suis assistante de recrutement, je m’occupe de mettre en place des missions, je trie des CV, je prends des rendez-vous. La plupart du temps, si les gens obtiennent un entretien c’est grâce à moi. Je n’écris pas de courrier, je n’écris pas de rapports – je me contente de les relire – et j’ai ma propre ligne directe, je ne m’occupe pas d’un standard. Certes, je ne négocie pas avec les clients, je ne fais pas de business, mais globalement ça m’intéresse assez peu. Mais surtout c’est un job à mi-temps qui me nourrit mais qui ne me définit pas.
En revanche, j’essaie d’être une spécialiste dans mon domaine en littérature, je travaille beaucoup pour ça, je lis vraiment beaucoup – ou j’essaie – je regarde beaucoup de documentaires à la télé, j’ai une soif d’apprendre omniprésente, je suis tolérante, joyeuse, j’aime manger, boire et rire et j’écris bien.
J’avais oublié ça et j’ai besoin de me le rappeler et qu’on me le rappelle, parce que je fais peut-être un boulot pas valorisant mais je ne fais pas que ça. Je ne suis pas que ça.
Et oui, je suis gentille, mais pas tant que ça.
Bon, en revanche, pour la taille, je ne peux rien faire.