Persuasion 2- Jane Austen

J’avais dit que j’y reviendrai, et puis rien ne sortait de mon cerveau embrumé par la routine. Mais je me suis réveillée ce matin avec l’envie d’écrire.

J’ai dit plus haut – ou précédemment- que la critique sociale était toujours aussi vive dans Persuasion que dans les autres romans de Jane Austen. En y réfléchissant, elle y est même plus vive. A la différence de ces précédentes oeuvres, le roman ne se contente pas d’une critique annexe à l’intrigue principale. L’héroïne n’est pas forte et entêtée comme dans Raison et Sentiments ou Orgeuil et Préjugés. Elle subit de plein fouet les travers du XVIIIème siècle anglais. Sans la volonté d’un père de marier à tout prix sa fille dans la hauteur de sa naissance sans tenir compte de son coeur, l’intrigue est plate et le dénouement incompréhensible. Le dénouement d’ailleurs n’est – à mon avis- pas aussi jouissif et percutant que ceux de ces autres oeuvres. Au risque de me répéter il s’agit d’une oeuvre publiée à titre posthume.

En terme de style, c’est du Jane Austen un peu fatigué. Les descriptions des maisons, des vêtements et du visage des gens sont faites, mais à peine. D’ailleurs, le roman est court, car peu étoffé de ses descriptions qui font le style de Jane Austen.

La tonalité est plus grave que dans les autres romans. L’héroïne est plus vieille, plus sage, plus silencieuse. Elle a un caractère plus enclin à la solitude. S’il y a quelques années je m’identifiais parfaitement à Elizabeth de First Impressions (le premier titre de Pride & Préjudice), aujourd’hui, je crois que je pourrais totalement être Anne Elliot.

Les lieux ne sont non plus pas les mêmes. Là où la station balnéaire Bath n’est souvent évoqué que par passages, pas allusions, l’intrigue majeure de Persuasion se passe à Bath. Les descriptions sont là plus fournies d’ailleurs -(il semble que Jane Austen vouait une passion à Bath)- et l’on retrouve une ambiance à la fois plus légère dans le déroulement du temps qui passe et une intrigue plus complexe, avec des personnages qui se croisent et se recroisent et dont les vies s’entremêlent. J’ai choisi de me laisser porter plutôt que d’arriver à retracer les connexions infinies qui existent entre eux.

J’ai déjà parlé des mécanismes lourds que Jane Austen met en place pour nous montrer comment Anne Elliot sait s’auto-persuadée et être persuadée par les autres de choses fausses ou dénaturées. Ce sentiment disparait tout à fait sur les trente dernières pages du roman. Ce qui est très appréciable, si, comme moi, on aime la subtilité. Le roman est court, je l’ai dit. Aussi court, voire plus court qu’Emma – mais encore une fois, je suis convaincue que cela tient à la forme inachevée de l’oeuvre. L’intrigue est certes complète et aboutie, mais il y aurait beaucoup à retravailler. Je conclurai en disant que le roman m’a plu, mais ne m’a pas emporté comme mes précédentes lectures de Austen et que bien que ce fut le dernier écrit, ce serait peut-être le premier de tous à lire – pour garder le meilleur pour la fin.

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