Les Lais – Marie de France
Les Lais de Marie de France sont un des classiques du Moyen-Age, mais je ne m’y étais jamais plongée. Je n’y avais jamais été encouragée non plus, jusqu’à ce qu’ils entrent au programme de Master l’an dernier. Je n’étais alors pas totalement convaincue de vouloir m’engager dans autre chose que du XXième siècle et j’ai donc écarté ce cours. Après avoir vu Isa se battre et se débattre avec ces fameux Lais tout en restant totalement enthousiaste (et comment ne pas l’être, c’est sa période privilégiée), je me suis dit que je ne pouvais tout de même pas mourir idiote.
Contrairement à ce que je pensais, ces (très petites) nouvelles rassemblées selon les historiens par une certaine Marie de France (c’est-à-dire d’Ile de France) sont très accessibles. La traduction en français moderne aide grandement, c’est certain (encore que quand on a lu toute la Première Continuation du Conte de Graal en moyen-français pour une UE de licence, le reste devient facile…). Pour la plupart, les Lais sont issus de la tradition orale Bretonne (et par cela on entend à l’époque l’Angleterre) – même si quelques uns étaient déjà rédigés en saxon ou en latin, Marie de France se « contentant » alors simplement de les traduire. Ils narrent tous des histoires d’amour, qui semblent très simplistes à première vue, mais il ne faut pas mépriser les contemporains de Marie de France : l’époque n’est que symbolismes et exempla. Entre l’enfant de l’amour qui vengera sa mère et le chevalier qui s’éprend de la femme de son roi, les diégèses sont aussi vastes que la distance temporelle que l’on a avec cette époque. Et pourtant, si j’avais parfois l’impression de lire de la littérature de jeunesse (le côté chevalier en armure, sans nul doute), il n’en reste pas moins que les thèmes traités sont très adultes, et surtout très « réfléchis ». Il ne s’agit pas d’historiettes traduites ici pour distraire. Leur portée va plus loin et notamment l’incursion récurrente de topoï du merveilleux est ce qui en fait une matière riche à analyser.
Je n’ai pas encore lu les ouvrages critiques, ni le cours à proprement parler, mais il me semble que le relevé systématique et analytique des motifs (la structure narrative notamment) est une bonne piste vers laquelle aller. Ou encore regarder de plus près, justement, la portée éducative des Lais (qui me rappelle par bien des façons les Histoires Tragiques de Rosset ou de Boaistuau, encore que dans un cas il s’agit principalement d’amour, et que dans l’autre de meurtres sanguinaires, mais cela n’empêche pas les mécanismes d’être les mêmes). J’ai eu la grande chance, qui plus est, de lire le mémoire d’Isa sur les Continuations, et même si les Lais en sont bien différents par beaucoup d’aspects, cela m’a donné envie d’étudier un peu plus de Moyen-Age.