Solitude de la pitié – Giono
Je ne sais pas lire Giono autrement qu’à voix haute, à la première lecture. Je ne sais pas faire autrement, c’est impératif, la puissance de son verbe, le rythme, tout ceci me force à me lever, à le parler. Doucement, sans le déclamer, mais il faut du son pour Giono, pour en saisir la portée. Cela fait donc bien longtemps que mon entourage ne s’étonne plus de me voir faire des allers-retours dans le salon, marmonnant, mon pléiade à la main, attention au papier bible…
Solitude de la pitié est un recueil de nouvelles, des tranches de vie plutôt, une page ou deux tout au plus, un monde rural, la cruauté de la terre, les forts caractères des hommes. Des chroniques du quotidien, des légendes urbaines de meurtres, un naturel déconcertant. Giono se met plus que jamais en scène, on rapporte beaucoup à « Monsieur Jean ».
Les nouvelles sont souvent noires, mais certaines sont solaires. C’est un écrivain qui a un don, le don, de raconter des mystères insondables sur le coeur et l’âme des hommes et de pourtant nous les faire comprendre, nébuleusement. Je n’ai jamais compris, mais à chaque fois que je referme un de ses écrits – romans, correspondances, nouvelles – j’ai l’impression d’avoir plus appris sur la nature humaine qu’en des soirées entières de confidences analysées et décortiquées. Quoi qu’il en soit, il ressort du recueil un sentiment particulier, la certitude que la pitié n’est pas toute mauvaise, que la solitude peut être source de bonheur (il touche forcément là une corde sensible dans mon autisme patenté). Qu’être coupé du monde ne veut pas dire être pitoyable, que certains sont ainsi désespérés mais d’autres plus heureux que jamais. Le choix de l’âme.
Je suis difficilement objective sur cet auteur, je le serai toujours difficilement, et malgré mes recherches qui ne portent pour l’instant que sur lui, (on y reviendra, car Henri Troyat reste là, dans un coin de ma tête, et si ce n’est pas lui, ça sera un autre mais j’écrirai sur un russe, c’est une certitude) j’ai encore du mal à analyser certains de ses textes. Je crois que c’est l’envie qui m’en manque, je veux garder certains écrits comme des bijoux, je sais trop comme l’analyse littéraire systématique peut parfois détruire un élan.
Si vous n’avez pas lu Giono, pas lu Un roi…, ou le Hussard – lisez Solitude de la Pitié.