Archive for the ‘Sous terre’ Category

Petite secrétaire

Dimanche, décembre 25th, 2011

Ce n’est pas beau, parfois, la façon dont on se perçoit.

Je ne fais pas souvent attention à ce que je pense de moi-même, je vis, j’avance, je me bats contre certaines choses alors vraiment, je n’ai pas le temps. Et puis, quelque fois cela me frappe, je suis obligée de me regarder et de réajuster l’image que j’ai de moi-même.

Cette semaine, pour des raisons x et y, j’ai commencé une colère sourde. J’en connaissais vaguement la cause, mais il m’a fallu creuser pour tout dégager, et ma pelle et ma pioche ont rencontré mon ego.

Pas très beau le petit bonhomme. Sur les contours il ressemblait à une souris, grosses lunettes, trop maigre, trop fragile, « tout pourri ».

Pas très beau, non, c’est sûr mais il n’avait jamais remporté de prix de beauté. Mais avant, c’était un cador. Avant il courait partout de bouquin en bouquin, il parlait trop vite, il était enthousiaste, passionné – fatigant. Il avait bien conscience de compenser sa mauvaise mise par une belle culture mais se targuait d’être intelligent et équilibré.

La claque quand j’ai retrouvé ce machin qui couinait de pas lui faire de mal, qu’il était gentil, petit et secrétaire.

Je ne suis pas secrétaire. Je suis assistante de recrutement, je m’occupe de mettre en place des missions, je trie des CV, je prends des rendez-vous. La plupart du temps, si les gens obtiennent un entretien c’est grâce à moi. Je n’écris pas de courrier, je n’écris pas de rapports – je me contente de les relire – et j’ai ma propre ligne directe, je ne m’occupe pas d’un standard. Certes, je ne négocie pas avec les clients, je ne fais pas de business, mais globalement ça m’intéresse assez peu. Mais surtout c’est un job à mi-temps qui me nourrit mais qui ne me définit pas.

En revanche, j’essaie d’être une spécialiste dans mon domaine en littérature, je travaille beaucoup pour ça, je lis vraiment beaucoup – ou j’essaie – je regarde beaucoup de documentaires à la télé, j’ai une soif d’apprendre omniprésente, je suis tolérante, joyeuse, j’aime manger, boire et rire et j’écris bien.

J’avais oublié ça et j’ai besoin de me le rappeler et qu’on me le rappelle, parce que je fais peut-être un boulot pas valorisant mais je ne fais pas que ça. Je ne suis pas que ça.

Et oui, je suis gentille, mais pas tant que ça.

Bon, en revanche, pour la taille, je ne peux rien faire.

 

 

Lettre à ma mère.

Mardi, mai 17th, 2011

J’ai toujours su que tu étais fragile, j’ai toujours su que j’étais la fille forte de la famille. Et tu m’y pousses, tu m’y encourages. Tu ne comprends pas tout ce que je fais, pourquoi je le fais mais tu m’as toujours acceptée, dans mes victoires, dans mes erreurs. Des erreurs j’en ai fait, j’en fais encore mais tu acceptes, tu m’écoutes, tu m’attends. Tu me tiens la main, encore et encore. Je fais la liste de mes fautes, de mes manquements, ne pas t’appeler, ne pas venir te voir assez, ne pas t’écrire. A-t-on fait fille plus ingrate ?

Dans la liste de mes défauts, il y a surtout celui de te croire acquise.

J’ai toujours eu peur de tout, du souffle des portes du métro quand elles s’ouvrent, de la douleur, des présences inconnues,  d’être faible, de ne pas réussir. Mais tu m’as toujours donné du courage. Je combats mes peurs, je vis avec, j’avance parce que tu as fait de moi ce que je suis, tu m’as donné des armes.

Aujourd’hui j’ai peur pour toi.

Encore, alors que je pensais cela derrière nous. On dit que la vie est injuste mais il n’y a pas de mots pour ça. Malédiction ?

J’ai peur pour toi et rationaliser n’y changera rien, maman, parce que je n’avance pas. Je suis tétanisée du risque possible.
Je n’ai plus de tournevis pour faire sauter le verrou de la salle de bain mais j’ai ton courage plein les bras.

Tu t’en sortiras pas comme ça.

Hors zone de confort

Samedi, mars 12th, 2011

Sortie de ma zone de confort sur les approches sociocritiques en littérature contemporaine française. Contemporaine, ça veut dire fin du XXe, début du XXIe, et on ne parle pas de fantasy ou de science-fiction, on parle d’ancrages dans la réalité, pas d’achronie.

Ça veut dire que je panique bien évidemment, puisqu’en plus de me frotter pour la première fois à la sociologie, il va falloir que je trouve une ou deux ou trois oeuvre(s) qui me plaisent dans cette période. Qui n’est pas ma période. Que je n’ai jamais abordée avant. Que je ne lis tout simplement pas. Et si le cours est clair, les sujets proposés sont complexes et autant l’annoncer tout de go, je n’ai pas la moindre idée de comment, par où, par quoi commencer ? Je n’ai même pas le début de nom d’un auteur contemporain français.

Je n’ai jamais été bien sûre de moi pour tout ça, je ne sais pas trop ce que je fais là, c’est un peu le hasard, beaucoup de travail et d’envie, mais je n’ai jamais pensé être bonne dans ce que je faisais en littérature. De manière générale je ne suis pas talentueuse -dans aucun domaine, je suis juste très curieuse et j’aime apprendre. Mais ça ne veut pas dire que je suis douée pour ça.

Alors j’ai lu mes 80 pages de cours et j’ai senti les larmes monter, le découragement avant même d’avoir débuté le travail, parce que je ne me sens pas à la hauteur. Je n’ai pas peur de l’échec, j’ai seulement, pour la première fois depuis très longtemps, la peur du travail à fournir, peur que ce ne soit jamais suffisant, peur d’atteindre les limites de mes capacités intellectuelles. J’ai déjà travaillé sur des sujets que je n’aimais pas, que je trouvais ennuyeux et c’était difficile mais je savais que même si le résultat serait médiocre, il y aurait un résultat.

Là, je ne crois pas. Et je ne peux pas m’empêcher de penser que je fais un caprice. Que je n’ai pas le droit de trouver ça « trop dur. »

Parce que ce n’est pas trop dur, là, c’est seulement trop haut pour moi.