A propos des liseuses…

mai 9th, 2011

Lire d’abord ceci.

Voici un mail adressé à Silphi, qui m’a envoyé le lien cité plus haut.

Je ne manquerais pas de vous faire un update, s’il est d’accord et si jamais il me répond.

« C’est assez intéressant oui, mais je ne suis pas d’accord sur le fait que passer au numérique tue la fonction sociale du livre : je ne prête pas beaucoup mes livres et ne m’en fait prêter aucun, en revanche j’en recommande beaucoup et m’en fait recommander beaucoup. On parle lectures autour d’un café, d’un verre de vin, souvent à l’extérieur des lieux où l’on lit et donc sans accès à sa propre bibliothèque permettant d’aller chercher l’oeuvre mentionnée et de la donner en main propre à l’interlocuteur privilégié. La fonction sociale de la lecture – et par extension du livre- est créée par l’apologie ou la critique mais pas nécessairement par la transmission du support physique.

Enfin pour les liseuses, en bonne chercheuse j’ai évidemment noté les limites du format (impossibilité d’exporter un index de citations, impossibilité pour l’instant de faire correspondre une édition papier avec une édition numérique, ce qui pose des problèmes lors de citations des sources) certes mais j’y ai aussi trouvé un énorme avantage : certaines de mes sources sont épuisées en version papier et leur diffusion est tellement confidentielle qu’il est impossible qu’elles soient rééditées un jour. Leur mise à disposition numérique permet de les consulter quand même. Qui plus est, je peux mettre autant de « marque-page » que je veux, sans ruiner mon édition, les renommer afin de savoir quel est l’intérêt de les avoir « marquées », elles sont accessibles d’un clic et je peux également ajouter des notes ou des réflexions personnelles sur l’instant même de la lecture – impossible à pratiquer sur un livre papier – la marge est insuffisante et il faut avoir un carnet de note à côté de soi, soit deux supports physiques au lieu des deux fonctions réunies dans un seul. Alors oui, il y a des améliorations à apporter dans cette fonction d’outil scientifique potentiel, mais on trouve toujours des solutions en attendant… »

Tout ça pour dire que j’ai eu un FNACBook pour mes vieux jours. (à moi la crème anti-rides !)

Les heures blanches

mars 23rd, 2011

Tu sais, ces heures où tu as dépassé ta fatigue, ta nuit blanche, le manque de tendresse, nos déceptions inévitables.

Ces heures où tu as depassé la tristesse, les sentiments doux-amers. Tu pourrais travailler des heures, tu ne voudrais pas t’arrêter, les heures blanches sont faites pour ça, le dépassement de soi.

Les heures blanches sont longues, elles s’étirent, comme autant de relations sociales distendues, essaim de présences sans se sentir proche d’aucune.

Les heures blanches sont parfois improductives, j’hésite entre mes lectures et écrire, au final je chantonne, je n’arrive pas à penser, ou je ne pense qu’à ça, je ne sais pas.

« Ouvrez la parenthèse, important mais pas grave, fermez la parenthèse. »

 

 

Hors zone de confort

mars 12th, 2011

Sortie de ma zone de confort sur les approches sociocritiques en littérature contemporaine française. Contemporaine, ça veut dire fin du XXe, début du XXIe, et on ne parle pas de fantasy ou de science-fiction, on parle d’ancrages dans la réalité, pas d’achronie.

Ça veut dire que je panique bien évidemment, puisqu’en plus de me frotter pour la première fois à la sociologie, il va falloir que je trouve une ou deux ou trois oeuvre(s) qui me plaisent dans cette période. Qui n’est pas ma période. Que je n’ai jamais abordée avant. Que je ne lis tout simplement pas. Et si le cours est clair, les sujets proposés sont complexes et autant l’annoncer tout de go, je n’ai pas la moindre idée de comment, par où, par quoi commencer ? Je n’ai même pas le début de nom d’un auteur contemporain français.

Je n’ai jamais été bien sûre de moi pour tout ça, je ne sais pas trop ce que je fais là, c’est un peu le hasard, beaucoup de travail et d’envie, mais je n’ai jamais pensé être bonne dans ce que je faisais en littérature. De manière générale je ne suis pas talentueuse -dans aucun domaine, je suis juste très curieuse et j’aime apprendre. Mais ça ne veut pas dire que je suis douée pour ça.

Alors j’ai lu mes 80 pages de cours et j’ai senti les larmes monter, le découragement avant même d’avoir débuté le travail, parce que je ne me sens pas à la hauteur. Je n’ai pas peur de l’échec, j’ai seulement, pour la première fois depuis très longtemps, la peur du travail à fournir, peur que ce ne soit jamais suffisant, peur d’atteindre les limites de mes capacités intellectuelles. J’ai déjà travaillé sur des sujets que je n’aimais pas, que je trouvais ennuyeux et c’était difficile mais je savais que même si le résultat serait médiocre, il y aurait un résultat.

Là, je ne crois pas. Et je ne peux pas m’empêcher de penser que je fais un caprice. Que je n’ai pas le droit de trouver ça « trop dur. »

Parce que ce n’est pas trop dur, là, c’est seulement trop haut pour moi.

Des minutes qui s’égrènent et autres poncifs

mars 3rd, 2011

Tic. Tac. L’horloge bouge son aiguille vers la droite. Je ne peux pas dire que je compte les minutes, ce serait trop « cliché » mais je suis contente de sentir le soleil se lever, dans mon dos.

C’est peut-être à force de travail et d’analyse de textes que les littéraires ont du mal avec les poncifs, ce qui est plutôt paradoxal. On en voit trop défiler, on nous apprend à nous méfier. Pourtant, si la métaphore est devenue si facile, c’est qu’elle fut un jour percutante de justesse. Les clichés sont des clichés parce qu’ils sont vrais. La phrase n’est pas de moi et elle est sûrement approximative mais. Tu vois.

Sèche-Cheveux (qui volent donc).

Je veux dire même ; « de tout temps l’Homme » a dû sembler être une bonne idée, sûrement, un jour. Oui, quatre verbes à la suite, je n’ai pas peur de ça.

On en arrive au moment où je te dis pourtant que je place « les minutes s’égrènent » au même niveau que « de tout temps l’Homme », parce que je suis formatée par ma formation et pourtant en entendant tic-tac, j’ai pensé que, sans aucun doute, les minutes s’égrènent vois-tu.

Mais j’avais peut-être juste l’envie d’écrire aussi. Qui sait ?

Mort étrusque

février 26th, 2011

Vous avez vu, ça a changé ici. J’aime bien. J’aime bien que ce soit écrit tout petit. Comme mes avis.

Si je suis sérieuse c’est l’heure de mon récapitulatif du mois, du genre j’ai lu des trucs pas-que-sérieux aussi, ce qui fait que j’ai tenu ma résolution. Le « Des horizons rouge sang » de Lynch et « Demian » de Herman Hesse, recommandé par Audrey que je remercie parce que c’était chouette et j’en suis aussi à la moitié du « Loup des Steppes » du même auteur et c’est toujours très bien. Un style très classique des années 1920-30 mais une fraîcheur dans les idées, une belle clarté dans le propos. J’ai un gros Tariq Ali qui m’attend, bientôt.

J’ai lu beaucoup d’articles pour G., un fascinant mémoire sur l’utopie, un torchon d’historien frustré et là j’ai commencé « Les règles de l’art » de ce cher Pierre Bourdieu, et d’autres articles sur le plurilinguisme, je mélange tout, ce qui fait que je fais tout à l’envers, plus ou moins, tant pis.

Parce qu’en fait je n’ai pas envie de faire cette liste, je ne veux pas écrire sur ça, je ne veux pas faire le bilan des choses que j’ai faites ou des choses qu’il me reste. J’ai envie de m’asseoir avec toi sur un bout de canapé et d’en parler calmement, j’ai envie de te raconter des bouts de ma vie par intermittence, que tu me racontes des bouts de ta vie, je veux qu’on parle de nos lectures futures, de nos attentes, j’ai envie d’apprendre de mes livres et j’ai envie d’apprendre de toi – qui que soit ce « toi », mais principalement mes amis quand même.

Je sais que je ne reprendrai jamais un rythme normal de publication ici, par manque de temps et puis aussi je préfère parler qu’écrire, j’ai toujours préféré parler. Avant j’écrivais parce que je n’avais personne à qui parler mais maintenant ça va, j’ai appris à me taire, j’ai appris à taire. Alors mon manque de sommeil évident et ma solitude virtuelle ce soir ne sont sans doute pas étrangers à cet épanchement scriptural, ce qui me conforte dans mon choix de ne pas devenir écrivain, au delà de mon flagrant manque de style d’une platitude pathétique, il faudrait que je devienne une asociale accro à la caféine  pour pouvoir être productive. Comment croyez-vous que j’ai écrit mon premier mémoire ?

Enfin, ce qui me rassure, c’est que vous n’êtes pas bien nombreux à rester me lire. Du moins, je l’espère pour vous.

Janvier

janvier 22nd, 2011
Lectures de Janvier :
  • Batailles dans la montagne, Jean Giono
  • Le poids du ciel, Jean Giono
  • Refus d’obéissance, Jean Giono
  • Les filles du feu, Gérard de Nerval
  • Univers de la fiction, Thomas Pavel
  • Métalepse, Gérard Genette
  • Le mystère chez Marie de France, Jeanne Wathelet-Willem
  • [Toujours en cours] Ulysse, James Joyce

Si l’on exclut Ulysse sur lequel j’avance péniblement et Les filles… de Nerval que je relis en boucle depuis 3 ans, on s’aperçoit nettement que ce mois de Janvier fût studieux. Je ne manque pas de fictions « détente » pourtant, la pile au dessus de ma tête de lit ne cesse d’augmenter en hauteur comme en longueur, mais je manque de temps, tellement… S’il y a moins de cours, ils demandent plus d’énergie, et mes horaires à 45h/semaine au boulot n’aident pas vraiment.

En février, on essaiera.

Interlude.

décembre 27th, 2010

Peur panique. Pan-ique, comme ce dieu à cornes. Lucifer aux pieds de bouc.

Giono et ses terreurs – son attirance irrésistible, mes angoisses en miroir.

Les livres m’ont toujours sauvée, ils le feront cette fois encore.
Puisqu’aujourd’hui je porte en moi ; Joyce, Nerval, Giono.

Mon triumvirat poétique.

Mon Roi, Le Cardinal et le Fou. A3, B2, C1. Dans cet ordre.

Je ne suis pas Lorelei, je suis Angélique, Grisélidis, je suis la lassitude, la soumission devant les suppliques d’Aragon.

Mon corps est ce bourgeois irlandais débonnaire aux poches pleines de savon et mon âme…

Quelle âme, après tout ?

Ce que la littérature nous apporte : la fonction cathartique des romans de genre.

novembre 4th, 2010

J’inaugure aujourd’hui un article qui s’inscrira je l’espère dans une série de réflexions pas tout à fait spécialistes, mais néanmoins que l’on essaiera de rendre abouties, sur la littérature.
Je me demande souvent à quoi « sert » la littérature et c’est l’occasion de faire un point sur mes recherches à ce sujet.

Le titre avance beaucoup de pistes, notamment si l’on prend le temps de définir les notions de « fonction cathartique » et de « roman de genre ». La première est complexe, la seconde un peu moins : j’entends par « roman de genre » tous les ouvrages facilement classifiables ; thrillers, polars, romans historiques, bitlitt, chicklitt, romans populaires (capes et épées, aventures, et dans une moindre mesure romans d’apprentissage), romans dit « à l’eau de rose »…

La fonction cathartique est plus difficile à définir. Le sens premier du terme vient du théâtre. Il s’agissait de mettre en scène des personnages crédibles (auxquels les spectateurs s’identifiaient) qui vivaient des passions exaltées afin de permettre la « purge » de ces mêmes passions (souvent binaires par ailleurs, l’éventail des pulsions connues n’étant que des déclinaisons d’Éros et Thanatos) chez le spectateur. Pour simplifier à l’extrême : identifie-toi, vis avec l’acteur le défoulement de tes pulsions, ainsi tu ne seras pas tenté de les exprimer dans la vie « civile ». Beaucoup se sont emparés de ce concept en littérature en le revendiquant, les nouvellistes des « Histoires Tragiques » notamment.

Mais il me semble que cette fonction existe, même quand elle n’est pas revendiquée. Chacun choisit son type de littérature selon ses besoins émotionnels du moment. L’intérêt pour un certain genre de roman peut durer toute une vie, quelques mois ou quelques semaines, mais si notre attention se porte vers ce genre particulier, c’est qu’inconsciemment on recherche plus que la distraction ou le délassement que la lecture peut nous apporter. Et quand je parle de besoins émotionnels, je ne suis pas manichéenne : on ne lit pas des thrillers pour « avoir peur ». On ne lit pas de polars parce qu’on aime les énigmes, pour essayer de deviner qui est l’assassin avant la fin du livre. On lit des polars pour cela certes, on les lit aussi parce que cela entraîne notre esprit à travailler, parce que l’on se demande comment on réagirait, ce que l’on penserait dans une telle situation, ce que l’on ferait. On lit des thrillers parce que le gore, le macabre est quelque chose qui nous attire, pas qui nous dégoûte, même si on ne peut pas se l’avouer.

La littérature a cet avantage certain sur les films et la télévision, qui est que l’imagination du lecteur est stimulée certes, mais que ce dernier est aussi protégé par les limites de son esprit. Une image brute n’est pas cathartique, parce qu’elle est brute, parce que l’esprit ne fait pas l’effort d’analyser la situation. Elle passe devant les yeux, elle s’imprime dans l’esprit, elle choque, mais elle est factuelle, il n’y a pas matière à réflexion, le cerveau ne travaille pas. La suggestion d’une image par les mots donnera quelque chose de tout à fait différent selon les personnes. Elle sera alors cathartique parce l’esprit devra faire un effort d’imagination et fera par conséquent appel à la pulsion latente du lecteur. Cette pulsion convoquée, elle sera rejetée, purgée par divers moyens psychologiques – si vous n’êtes pas psychopathe, ça ne devrait pas vous donner des idées…- allant du sourire au dégoût. Cependant, la fonction cathartique des romans de genre reste pour moi minime, parce que je l’ai dit, le lecteur est comme « protégé » par son propre esprit (c’est comme si l’action de lire empêchait les réactions reptiliennes de se déclencher dans le cerveau). C’est pour cela qu’il est difficile en littérature de provoquer le rire franc ou les pleurs « Grandes Eaux de Versailles ».

J’ai conscience de toucher à la psychologie sur cet article, et je ne suis pas très sûre de la conclusion à lui apporter. Je trouvais juste plus simple de mettre par écrit une réflexion qui me tournait dans la tête depuis un moment. Il me semble faire une réponse de normande (que je suis), en affirmant que les romans de genre sont cathartiques, (en ne faisant même pas une liste exhaustive de leurs particularités et des différents cas de figure rencontrés pour le prouver) tout en nuançant tout de même que cette caractéristique est limitée par le cerveau même du lecteur. Mais pourtant, cela ressemble bien à une conclusion.

Henning Mankell

octobre 4th, 2010

Aujourd’hui, je suis chez Audrey.

La fonction du balai – David Foster Wallace

septembre 27th, 2010

La vie et les rencontres nous amènent parfois à faire des lectures dans un domaine inédit. Je n’y connais rien en littérature anglo-saxone (sauf bien sûr la science-fiction et la fantasy, mes piliers inébranlables) et je glane ici et là des conseils de lecture, parfois heureux, parfois malheureux.

Lire La fonction du balai n’était pour moi au début que l’assouvissement de ma curiosité, puisqu’il a été traduit par le garçon qui tient le compte Twitter des éditions AuDiableVauvert.

fbEditions AuDiableVauvert.

Saine curiosité puisque, sans être une révélation, le roman m’a suffisamment plu et interpellé pour avoir envie de lire d’autres ouvrages de l’auteur. Ce n’était donc pas un choix malheureux cette fois-ci.

Néanmoins, j’ai eu du mal à entrer dans le roman et au début j’ai été très surprise des longues phrases de l’auteur, savamment aérées par des virgules, des points virgules, et très ciselées, mais malgré tout très atypiques.  Quoi qu’il en soit, les cinquante premières pages étaient plaisantes à lire mais pas enthousiasmantes. Ce que je veux dire par là c’est que je me suis dit que ça allait se lire facilement, sans réfléchir, sans jubilation. Cela m’allait bien, je ne cherche pas à tout prix le choc stylistique. Et puis j’ai laissé tomber quelques jours, trop occupée à me battre avec Paris3 pour avoir une autorisation de labo en bonne et due forme.
J’ai repris un matin quelques jours plus tard et là, ce fût une vraie découverte du texte. J’ai compris l’intérêt des phrases longues, le souffle que cela donne à l’ écriture de David Foster Wallace. L’histoire aussi est atypique : l’arrière grand-mère de l’héroïne Lénore disparait de sa maison de retraite, or elle a une maladie qui l’empêche de réguler sa température interne. Elle est donc obligée de rester dans un environnement à 37,5°C.  On s’attend par conséquent à ce que Lenore et son presque-fiancé Rick partent à sa recherche. Il n’en est rien bien sûr – en tout cas pas à la façon road trip à laquelle je m’attendais. Au final, il s’agit plus d’une histoire de personnages, de vies entremêlées, sur un fond burlesque où se côtoie une société de petits pots pour bébés, un perroquet très bavard embauché par une télévision chrétienne et des entretiens avec un psychanalyste obsédé de l’hygiène… En gros, il est très compliqué d’établir ce que La fonction du balai raconte. En revanche, ce dont le roman parle, c’est clairement des relations entre les gens, ceux de notre enfance, ceux de notre adolescence, comme parfois les fantômes du passé redeviennent tangibles et surtout comme le monde est tout petit. Sans le vouloir peut-être, David Foster Wallace traite à sa manière la théorie des 6 degrés de séparation. Enfin, pour finir, je crois bien que le monologue de Rick sur Lenore est juste la plus belle déclaration d’amour que j’ai jamais lue. Parce qu’elle n’est pas « guimauve », parce qu’elle est fraîche, parce qu’elle est masculine mais sensible (Et je ne suis pas une romantique loin de là), elle m’a plu énormément.

L’histoire se finit étrangement, mais elle a le mérite de laisser au lecteur une porte de sortie à son imaginaire sur les personnages, à des niveaux différents. C’est une découverte amusante pour le moins. Surprenante à coup sûr.