La vie et les rencontres nous amènent parfois à faire des lectures dans un domaine inédit. Je n’y connais rien en littérature anglo-saxone (sauf bien sûr la science-fiction et la fantasy, mes piliers inébranlables) et je glane ici et là des conseils de lecture, parfois heureux, parfois malheureux.
Lire La fonction du balai n’était pour moi au début que l’assouvissement de ma curiosité, puisqu’il a été traduit par le garçon qui tient le compte Twitter des éditions AuDiableVauvert.
Editions AuDiableVauvert.
Saine curiosité puisque, sans être une révélation, le roman m’a suffisamment plu et interpellé pour avoir envie de lire d’autres ouvrages de l’auteur. Ce n’était donc pas un choix malheureux cette fois-ci.
Néanmoins, j’ai eu du mal à entrer dans le roman et au début j’ai été très surprise des longues phrases de l’auteur, savamment aérées par des virgules, des points virgules, et très ciselées, mais malgré tout très atypiques. Quoi qu’il en soit, les cinquante premières pages étaient plaisantes à lire mais pas enthousiasmantes. Ce que je veux dire par là c’est que je me suis dit que ça allait se lire facilement, sans réfléchir, sans jubilation. Cela m’allait bien, je ne cherche pas à tout prix le choc stylistique. Et puis j’ai laissé tomber quelques jours, trop occupée à me battre avec Paris3 pour avoir une autorisation de labo en bonne et due forme.
J’ai repris un matin quelques jours plus tard et là, ce fût une vraie découverte du texte. J’ai compris l’intérêt des phrases longues, le souffle que cela donne à l’ écriture de David Foster Wallace. L’histoire aussi est atypique : l’arrière grand-mère de l’héroïne Lénore disparait de sa maison de retraite, or elle a une maladie qui l’empêche de réguler sa température interne. Elle est donc obligée de rester dans un environnement à 37,5°C. On s’attend par conséquent à ce que Lenore et son presque-fiancé Rick partent à sa recherche. Il n’en est rien bien sûr – en tout cas pas à la façon road trip à laquelle je m’attendais. Au final, il s’agit plus d’une histoire de personnages, de vies entremêlées, sur un fond burlesque où se côtoie une société de petits pots pour bébés, un perroquet très bavard embauché par une télévision chrétienne et des entretiens avec un psychanalyste obsédé de l’hygiène… En gros, il est très compliqué d’établir ce que La fonction du balai raconte. En revanche, ce dont le roman parle, c’est clairement des relations entre les gens, ceux de notre enfance, ceux de notre adolescence, comme parfois les fantômes du passé redeviennent tangibles et surtout comme le monde est tout petit. Sans le vouloir peut-être, David Foster Wallace traite à sa manière la théorie des 6 degrés de séparation. Enfin, pour finir, je crois bien que le monologue de Rick sur Lenore est juste la plus belle déclaration d’amour que j’ai jamais lue. Parce qu’elle n’est pas « guimauve », parce qu’elle est fraîche, parce qu’elle est masculine mais sensible (Et je ne suis pas une romantique loin de là), elle m’a plu énormément.
L’histoire se finit étrangement, mais elle a le mérite de laisser au lecteur une porte de sortie à son imaginaire sur les personnages, à des niveaux différents. C’est une découverte amusante pour le moins. Surprenante à coup sûr.